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Lundi 20 août 2007
Homme ! libre penseur - te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant : ...
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d'amour dans le métal repose :
"Tout est sensible ! " - Et tout sur ton être est puissant !

Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie
A la matière même un verbe est attaché ...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !


Gérard de Nerval
par publié dans : Vraie poésie
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Dimanche 19 août 2007
Un simple extrait de "la nuit des temps". Une belle scène d'amour entre Eléa at Païkan.

" Elle sentait Païkan au-dedans et au dehors de son corps. Il la tenait cernée, enfermée, assiégée, il était entré comme le conquérant souhaité devant lequel s'ouvre la porte extérieure et les portes profondes. Et il parcourait lentement, doucement, longuement tous ses secrets.
[...]Dans le ciel où la nuit commençait quelques étoiles commençaient à s'allumer. Païkan ne bougeait presque plus. Il était en elle un arbre lisse, dur, palpitant et doux. Un arbre de chair, bien-aimé, toujours là, revenu plus fort,  plus doux , plus chaud, soudain brûlant, immense, embrasé, rouge, , brûlant dans son ventre entier, toute la chair et les os enflammés jusqu'au ciel."

Un extrait de "l'enchanteur".  Guenièvre et Lancelot.

"Les amants inventent leur propre vocabulaire,  mais il n'a de signification que pour eux. alors laissons Guenièvre et Lancelot mumurer, balbutier, chanter leur amour, leur folie, leur éblouissement. La porte s'est refermée. Eloignons nous en silence...

Suit une page  blanche au centre de laquelle est écrit:

A l'INTERIEUR
DE CETTE
PAGE BLANCHE
GUENIEVRE
ET LANCELOT
S'AIMENT.

Faites de beaux rêves...

Pour lui.

par publié dans : Vraie poésie
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Lundi 13 août 2007
Encore une de mes poésies préférées.

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

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par publié dans : Vraie poésie
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Mardi 7 août 2007
Toi  qui lis ceci j'avais  envie de t'inviter à  un voyage. Un voyage au pays des rêves. Un voyage dans un monde chaleureux et léger, un endroit qui nous permettrait d'échapper pour quelques instants à la réalité.  Elle n'est pas toujours noire la réalité. La mienne est bien jolie. Mais ce n'est que la réalité avec toutes ses barrières d'impossibles.

Mais  j'ai pensé à une autre invitation au voyage, celle d'un très grand.  Qui m'a semblé bien plus belle. Tout le monde la connaît bien sûr...


Invitation au voyage

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Beaudelaire


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par publié dans : Vraie poésie
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Samedi 4 août 2007
Le haïku est une forme poétique d'origine japonaise.

Il s'agit d'un poème extrêmement bref (3 vers - 17 mores décomposées en 5/7/5) sensé exprimer l'émotion d'un instant. Un instantané de l'âme de poète.
Le more est un "son élémentaire émis lors de la phonation" (source wikipédia). Une syllabe française peut contenir jusqu'à 3 mores.

Le terme haïku a été créé par Shiki (1867-1902), mais la paternité de la forme est attribuée à Bashô (1644-1694).

Règles de style

Le haïku ne doit pas décrire mais évoquer. C'est au lecteur de se construire sa propre image. Le poète ne doit donner à son lecteur que l'impulsion de la sensation. Le travail d'imagination du lecteur doit être préservé.

Plus concrètement on évite aussi de mettre une même phrase sur plusieurs lignes.

Mais comme toutes règles elle peut être transgressée...

Règle du kigo

Le haïku doit comporter un mot de saison : une allusion à la nature ou un mot clé se rapportant à une saison. D'après certains auteurs une rférence à la nature est suffisante. Il existe des livres consacrés à la règle du kigo qui donnent des "mots-clés" par saison.

Exemple de haïkus :

L'exemple qu'on donne le plus souvent est celui d'un grand maître du haïku Matsuo Bashô

Dans le vieil étang
Une grenouille saute
Bruit dans l'eau

La difficulté de traduction se situe au niveau du 3ème vers. En japonais le bruit de l'eau est perceptible (mi-zu-no-o-to) et il est difficile de le rendre en français. Certains spécialistes (dont Duhaime) préfèrent traduire "Un ploc dans l'eau" pour garder l'onomatopée.

Beaucoup de sites parlent des haïkus.


Je vous conseille vivement celui-ci , c'est le site d'André Duhaime, une référence française dans l'art du haïku. Il est clair, bien fait, et on y trouve des petits bijoux. Pas seulement des haïkus. Il vous expliquera avec beaucoup plus de talent que moi ce qu'est un haïku.

clicnet.swarthmore.edu/litterature/moderne/poesie/duhaime.html

Ici vous trouverez une anthologie du haïku et vous découvrirez d'autres formes de poésie japonaise. (Je sais faire des liens lol)


Il existe également des sites qui "fabriquent" des haïkus. Personnellement je trouve ça dommage. Parce que tout l'intérêt du haïku réside dans l'harmonie de tous ces mots placés à côtés. Qui ne sont rien tout seuls mais font tout ensemble.
De plus, en ce qui me concerne, tout le plaisir réside dans les essais pour en écrire.

Ce qui me plaît dans les haïkus

J'aime cette idée d'essayer de traduire ces petits instantanés de vie.
J'ai l'impression de me retrouver face à un puzzle. J'ai une sensation en tête et les mots sont des tas de petites pièces que je dois essayer d'agencer pour reformer cette image.
On installe tout : ça colle et le dernier mot coince. Je ne trouve pas : il n'y a rien qui semble exister pour terminer de former le tableau.
Alors je change tout. Je déplace les pièces, je change les mots.
Je me régale à chercher "le" mot juste à "la" bonne place.

Ce qui me plaît daussi ans le haïku c'est la liberté engendrée par la rigidité du cadre. On se sent protégé par cette forme très rigide. Je ne saurais pas expliquer pourquoi ces contraintes fortes de la forme me donnent cette sensation de liberté. Une liberté paisible est sage.

Je n'ai évidemment pas la prétention de faire des haïkus réussis. Ils sont même très mauvais. Ce que j'aime c'est de les faire. Cela fait une semaine que je suis sur le même. Je ne le finirai peut-être jamais mais ces instants où je me pose pour y réfléchir sont tellement délassants.

"l'accomplissement suprême de l'art est l'art de dissimuler l'art"

André Duhaime



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Vendredi 3 août 2007
Encore une de mes poésies préférées. Ce n'est pas le thème qui me touche le plus (quoique...) mais l'incroyable capacité à poser une atmosphère, des sensations en quelques mots.

Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

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